Louisiane : jazz, bayous et cuisine cajun
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La Louisiane ne ressemble à aucun autre État américain. Elle est née d’un empilement d’histoires françaises, espagnoles, africaines, caribéennes et amérindiennes, qui ont produit une langue à l’accent chantant, une cuisine qui prend son temps et une musique qui sort des portes ouvertes à toute heure.
Pour un voyageur francophone, c’est aussi un voyage étrange et attachant : des noms de villes en français, des panneaux « Bienvenue en Louisiane », des bayous où quelques anciens parlent encore un français du XVIIIe siècle, et un mot, « lagniappe », ce petit supplément qu’on offre sans rien demander, qui résume toute la mentalité locale.
La Louisiane en bref
- Capitale : Baton Rouge
- Plus grande ville : La Nouvelle-Orléans (New Orleans)
- Population : environ 4,6 millions d’habitants
- Superficie : environ 135 000 km², un peu plus de quatre fois la Belgique
- Entrée dans l’Union : 1812, 18e État
- Fuseau horaire : heure du Centre (7 heures de moins qu’à Bruxelles)
- Surnoms : Pelican State, Bayou State, Sportsman’s Paradise
- Point culminant : Driskill Mountain, 163 mètres. Une partie de La Nouvelle-Orléans est sous le niveau de la mer.
- Particularité : la Louisiane n’a pas de comtés, mais des « paroisses » (parishes)
Géographie : le Mississippi et les marais
La Nouvelle-Orléans et le sud-est sont posés sur le delta du Mississippi, entre le fleuve, le lac Pontchartrain et le golfe du Mexique.
L’Acadiana, ou pays cajun, occupe le centre-sud et le sud-ouest, autour de Lafayette, avec l’immense bassin marécageux de l’Atchafalaya, la plus grande zone humide boisée des États-Unis.
La vallée du Mississippi, entre La Nouvelle-Orléans et Baton Rouge, est bordée d’anciennes plantations et d’industries pétrochimiques.
Le nord, autour de Shreveport, Monroe et Natchitoches, est plus sec, plus boisé et culturellement plus proche du Texas et de l’Arkansas.
Le littoral, fait de marais et de bayous, recule chaque année : la Louisiane perd l’équivalent d’un terrain de football de côte toutes les deux heures environ, rongée par l’érosion et la montée des eaux.
Un peu d’histoire
En 1682, l’explorateur Cavelier de La Salle revendique tout le bassin du Mississippi pour la France et le baptise Louisiane, en l’honneur de Louis XIV. La Nouvelle-Orléans est fondée en 1718. La région passe à l’Espagne en 1763, qui reconstruit la ville après deux grands incendies, puis revient brièvement à la France avant que Napoléon ne vende l’ensemble du territoire aux États-Unis en 1803. Cet « achat de la Louisiane » double d’un coup la taille du pays.
Entre-temps, des milliers d’Acadiens chassés du Canada par les Britanniques au milieu du XVIIIe siècle se sont réfugiés dans les marais du sud : ce sont les ancêtres des Cajuns. La Louisiane devient un État en 1812, et la bataille de La Nouvelle-Orléans, en 1815, voit la victoire des Américains sur les Britanniques. L’économie repose alors sur le sucre, le coton et l’esclavage.
Au XXe siècle, le français est interdit à l’école dès 1921, et il faut attendre 1968 et la création du CODOFIL pour qu’il soit réhabilité. En 2005, l’ouragan Katrina inonde 80 % de La Nouvelle-Orléans et fait plus de 1 800 morts dans la région. La ville s’est depuis largement reconstruite.

Les incontournables
La Nouvelle-Orléans
Aucune ville américaine ne ressemble à La Nouvelle-Orléans. Le French Quarter, avec ses balcons en fer forgé couverts de fougères, est en réalité surtout d’architecture espagnole. Bourbon Street y concentre les bars et les excès, mais Royal Street et ses antiquaires, Jackson Square et sa cathédrale, et le marché français sont bien plus agréables en journée.
Le soir, direction Frenchmen Street, où le jazz se joue en live dans une dizaine de clubs, souvent sans entrée payante. Le Preservation Hall perpétue le jazz traditionnel dans une petite salle en bois. La ville a vu naître le jazz, et Louis Armstrong y a grandi.
Pour sortir du Quartier, le tramway de St. Charles, en service depuis 1835, mène au Garden District et à ses grandes demeures entourées de chênes, et au cimetière de Lafayette, avec ses tombes hors sol. Le National WWII Museum est l’un des meilleurs musées des États-Unis. Le quartier de Tremé, l’un des plus anciens quartiers afro-américains du pays, est le berceau des « second lines », ces défilés de fanfares qui traversent les rues le dimanche. Et la tombe de Marie Laveau, la reine du vaudou, au cimetière Saint-Louis n° 1, ne se visite qu’avec un guide agréé.
Le pays cajun et les bayous
À deux heures à l’ouest commence un autre monde : le pays cajun. Autour de Lafayette, on mange différemment, on entend parfois encore parler français, et on danse sur de la musique cajun et zydeco le week-end. Le Blue Moon Saloon à Lafayette ou les petits dancings des villages accueillent tout le monde. Vermilionville, un village reconstitué, fait découvrir la culture acadienne et créole. À Breaux Bridge, la « capitale mondiale de l’écrevisse », les matinées zydeco du samedi font danser les habitants dès le petit-déjeuner. St. Martinville garde le chêne d’Évangéline, héroïne du poème de Longfellow sur la déportation des Acadiens.
Une sortie en bateau dans le bassin de l’Atchafalaya, depuis Henderson ou Breaux Bridge, permet de glisser entre les cyprès chauves couverts de mousse espagnole, avec de bonnes chances de voir des alligators, des hérons et des tortues. On peut aussi faire une « swamp tour » près de La Nouvelle-Orléans, dans les marais de Honey Island ou de Jean Lafitte.
Avery Island et le Tabasco
Au sud de Lafayette, sur un dôme de sel entouré de marais, la famille McIlhenny fabrique depuis 1868 la sauce Tabasco, avec des piments fermentés et vieillis jusqu’à trois ans dans d’anciens fûts de bourbon. La visite de l’usine et des jardins tropicaux voisins, pleins d’aigrettes et d’alligators, fait un joli détour (Tour Louisiana).
La route des plantations
Entre La Nouvelle-Orléans et Baton Rouge, la route qui longe le Mississippi, la Great River Road, est bordée d’anciennes plantations. Oak Alley est célèbre pour son allée de 28 chênes centenaires. Laura, une plantation créole, raconte l’histoire d’une famille sur quatre générations. Et Whitney Plantation, la seule entièrement consacrée à l’histoire de l’esclavage, du point de vue des personnes asservies, est la visite la plus importante et la plus bouleversante de la région.
Baton Rouge
La capitale mérite un arrêt pour son Capitole, le plus haut des États-Unis, construit dans les années 1930 par le gouverneur Huey Long, qui y a été assassiné en 1935. La vue depuis la terrasse du 27e étage est gratuite. Le cuirassé USS Kidd est amarré sur le Mississippi.
Le nord et Natchitoches
Natchitoches, fondée en 1714, est la plus ancienne ville de la Louisiane. Son centre historique au bord de la rivière Cane a servi de décor au film Potins de femmes 🎬 (Steel Magnolias), et ses meat pies, des chaussons à la viande épicée, sont une institution. Les illuminations de Noël y attirent des foules chaque année. Plus au sud, la forêt nationale de Kisatchie offre de belles randonnées.
Idées d’itinéraires
Un long week-end. La Nouvelle-Orléans (3-4 jours), avec une excursion dans les bayous ou sur la route des plantations.
Une semaine, ville et pays cajun. La Nouvelle-Orléans (3 jours) → route des plantations (1 jour) → Baton Rouge → Lafayette et le pays cajun (2 jours) → Avery Island et bayous de l’Atchafalaya.
En combinaison. La Louisiane se combine avec le Mississippi et Memphis en remontant le fleuve (la « route du blues »), ou avec le Texas vers l’ouest.
Côté assiette
La cuisine louisianaise se partage entre la cuisine créole, urbaine et raffinée, née à La Nouvelle-Orléans, et la cuisine cajun, rustique et paysanne, née dans les bayous. Les deux se retrouvent sur :
- le gumbo, un ragoût épais à base de roux, avec des fruits de mer, du poulet ou de la saucisse, servi avec du riz ;
- le jambalaya, un plat de riz aux saucisses, poulet ou crevettes ;
- l’étouffée, des écrevisses ou crevettes mijotées dans une sauce épaisse ;
- les écrevisses bouillies (crawfish boil), versées sur une table couverte de papier journal, de fin février à juin ;
- le po’boy, un sandwich dans une baguette croustillante, aux crevettes frites ou au rosbif avec sauce ;
- la muffuletta, un énorme sandwich rond à la charcuterie et à la salade d’olives, inventé au Central Grocery ;
- les red beans and rice, traditionnellement servis le lundi ;
- le boudin et les cracklins (grattons), vendus dans les stations-service du pays cajun ;
- les beignets du Café du Monde, ouvert depuis 1862, avec un café à la chicorée ;
- la king cake pendant la saison de Mardi Gras, et le bananas Foster, flambé au rhum ;
- et côté verres, le Sazerac, parmi les plus vieux cocktails américains, et le Hurricane, au rhum et aux fruits de la passion.
Culture et anecdotes
- Mardi Gras dure en réalité plusieurs semaines. Des dizaines de « krewes », des associations privées, organisent chacune leur défilé et lancent des colliers et des objets à la foule. Ses couleurs, violet, vert et or, datent de 1872. Dans les campagnes cajuns, le Courir de Mardi Gras voit des cavaliers masqués aller de ferme en ferme quémander les ingrédients d’un grand gumbo.
- Le droit louisianais est en partie hérité du Code civil napoléonien, une exception aux États-Unis.
- Le Jazz & Heritage Festival, fin avril et début mai, et le Festival International de Louisiane à Lafayette, en avril, sont deux des meilleurs festivals de musique du pays.
- Les tombes sont construites hors sol dans les cimetières de La Nouvelle-Orléans, à cause du niveau très bas de la nappe phréatique. On les surnomme les « cités des morts ».
- Le mot « cajun » vient de la déformation de « Acadien ».
Quand partir ?
- Février-mars : la saison de Mardi Gras (dates variables selon Pâques). Ambiance folle, prix très élevés.
- Printemps (mars à mai) : la meilleure période, douce, avec les festivals de musique et la pleine saison des écrevisses.
- Été (juin à septembre) : très chaud, très humide, avec des orages presque chaque jour. C’est la basse saison, avec des prix plus doux.
- Saison des ouragans : de juin à novembre, avec un pic en août-septembre.
- Automne et hiver (octobre à janvier) : agréable et plus sec, avec les illuminations de Noël et les feux de joie sur les digues du Mississippi la veille de Noël.
Infos pratiques
- Durée conseillée : 3 à 4 jours pour La Nouvelle-Orléans, une semaine avec le pays cajun.
- Arriver : l’aéroport de La Nouvelle-Orléans est desservi en correspondance, ou par quelques vols directs saisonniers depuis l’Europe.
- Se déplacer : La Nouvelle-Orléans se visite à pied et en tramway. La voiture est indispensable pour les plantations et le pays cajun.
- Budget : moyen à élevé à La Nouvelle-Orléans, surtout pendant les festivals. Le pays cajun est très abordable.
- Précautions : à La Nouvelle-Orléans, restez dans les rues animées le soir et prenez un taxi pour rentrer tard. Protégez-vous du soleil et des moustiques. Suivez la météo pendant la saison des ouragans.
- Le conseil en plus : réservez plusieurs mois à l’avance pour Mardi Gras et le Jazz Fest, et gardez toujours un peu de place pour un beignet.