Mississippi : le berceau du blues
Mis à jour le

Le Mississippi n’a ni parcs spectaculaires ni villes trépidantes. Il se visite pour ce qu’il raconte. C’est l’État le plus pauvre des États-Unis selon la plupart des classements, marqué par l’esclavage puis la ségrégation, et il porte cet héritage à fleur de peau. Mais c’est aussi la terre qui a donné au monde le blues, et à travers lui le rock’n’roll, ainsi qu’une longue lignée de grands écrivains.
On y roule le long de champs de coton plats comme la main, on s’arrête dans des « juke joints » où le blues se joue encore dans une salle en planches, on visite des demeures à colonnades et des champs de bataille. C’est un voyage parfois dur, souvent émouvant, et toujours chaleureux : l’hospitalité du Sud n’est pas un cliché ici.
Le Mississippi en bref
- Capitale et plus grande ville : Jackson
- Population : environ 2,9 millions d’habitants
- Superficie : environ 125 000 km², environ quatre fois la Belgique
- Entrée dans l’Union : 1817, 20e État
- Fuseau horaire : heure du Centre (7 heures de moins qu’à Bruxelles)
- Surnom : Magnolia State
- Point culminant : Woodall Mountain, 246 mètres
Géographie : le Delta, les collines et la côte
Le Delta, au nord-ouest, n’a rien à voir avec l’embouchure du fleuve : c’est une plaine alluviale totalement plate entre le Mississippi et le Yazoo, aux terres parmi les plus fertiles du monde, où le coton a fait la fortune des planteurs. C’est la terre du blues.
Les collines du nord et de l’est, plus boisées, avec Oxford, Tupelo et Columbus.
Le centre, autour de Jackson et du « Pine Belt », une région de forêts de pins.
La côte du golfe, au sud, n’est longue que d’environ 70 kilomètres, entre la Louisiane et l’Alabama, avec Biloxi, Gulfport et Ocean Springs, et des îles-barrières au large.
Un peu d’histoire
Les Choctaws, les Chickasaws et les Natchez vivaient ici. Les Français fondent Biloxi en 1699 puis Natchez en 1716. Au XIXe siècle, après la déportation des nations amérindiennes, le Mississippi devient le cœur du « royaume du coton », fondé sur l’esclavage : en 1860, plus de la moitié de sa population était réduite en esclavage.
Pendant la guerre de Sécession, le siège de Vicksburg en 1863 donne à l’Union le contrôle du fleuve. Après la guerre, les lois de ségrégation et les violences racistes poussent des centaines de milliers d’Afro-Américains du Delta à partir vers Chicago et les villes du Nord : c’est la Grande Migration, qui emporte le blues avec elle. Dans les années 1950-60, le Mississippi est l’un des lieux les plus violents de la lutte pour les droits civiques : le meurtre du jeune Emmett Till en 1955, l’assassinat du militant Medgar Evers en 1963 et le « Freedom Summer » de 1964.

Les incontournables
Le Delta et la route du blues
Le Mississippi Blues Trail balise près de 200 lieux liés à l’histoire du blues par des panneaux explicatifs. Clarksdale en est la capitale : le Delta Blues Museum, le carrefour des routes 61 et 49, où la légende veut que Robert Johnson ait vendu son âme au diable pour jouer de la guitare, et des juke joints où l’on écoute du blues live presque tous les soirs, comme le Ground Zero Blues Club, cofondé par l’acteur Morgan Freeman, ou le Red’s Lounge, plus authentique. Le festival Juke Joint, en avril, est l’occasion idéale d’y aller.
Autour, les Dockery Farms, une ancienne plantation souvent présentée comme le berceau du blues, où Charley Patton a joué, le musée B.B. King à Indianola, dans la ville où a grandi le « roi du blues », et les trois tombes supposées de Robert Johnson, dont personne ne sait laquelle est la bonne.
Le Delta a aussi une mémoire douloureuse : à Sumner et Money, l’Emmett Till Interpretive Center raconte le lynchage d’un adolescent de 14 ans en 1955, dont l’acquittement des meurtriers a relancé le mouvement des droits civiques.
Tupelo et Elvis
À Tupelo, dans le nord-est, Elvis Presley est né en 1935 dans une maison de deux pièces construite par son père. La maison natale et le musée se visitent, avec l’église de son enfance, où il a découvert le gospel. On peut aussi voir le magasin où il a eu sa première guitare, à 11 ans. Graceland, sa célèbre demeure, est à Memphis, à 1 h 30 de route.
Oxford et les écrivains
Oxford, ville universitaire au charme sudiste, tourne autour de sa place centrale, de la librairie Square Books et de l’université Ole Miss, dont les pique-niques d’avant-match dans le parc « The Grove » sont légendaires. William Faulkner y a vécu et écrit presque toute son œuvre, et sa maison, Rowan Oak, se visite. Le Mississippi a produit un nombre étonnant de grands écrivains : Eudora Welty, dont la maison de Jackson est un musée, Richard Wright, Tennessee Williams, né à Columbus, ou encore John Grisham.
Jackson et les droits civiques
La capitale abrite le Mississippi Civil Rights Museum, ouvert en 2017, l’un des musées les plus forts du pays sur le sujet, et la maison de Medgar Evers, devenue monument national, devant laquelle il a été assassiné en 1963. Le musée de l’Histoire du Mississippi, juste à côté, complète la visite.
Vicksburg
Sur une falaise au-dessus du fleuve, Vicksburg a subi en 1863 un siège de 47 jours par les troupes du général Grant. Les habitants se sont réfugiés dans des grottes creusées dans les collines pour échapper aux bombardements. La ville s’est rendue le 4 juillet, et pendant des décennies, elle a refusé de célébrer la fête nationale. Le Vicksburg National Military Park se parcourt en voiture sur 26 kilomètres, avec un navire cuirassé de l’Union, l’USS Cairo, repêché du fond d’une rivière. C’est aussi à Vicksburg que le Coca-Cola a été mis en bouteille pour la première fois, en 1894 : un petit musée le raconte.
Natchez et la Natchez Trace
Natchez, fondée par les Français en 1716, a traversé la guerre de Sécession presque sans dommage et conserve des dizaines de demeures d’avant-guerre, construites avec la fortune du coton et le travail des esclaves. Au printemps et à l’automne, pendant les « Pilgrimages », les propriétaires les ouvrent au public. Plusieurs visites abordent enfin l’histoire des personnes asservies qui y vivaient.
Au départ de Natchez, la Natchez Trace Parkway suit sur 715 kilomètres, jusqu’à Nashville, une ancienne piste amérindienne et commerciale. Sans camions ni panneaux publicitaires, avec une limite à 50 mph, c’est une route magnifique et paisible, parfaite à vélo ou en voiture.
La côte du golfe
Biloxi et Gulfport vivent de la plage et des casinos, autorisés sur la côte depuis les années 1990. Plus charmant, Ocean Springs est une petite ville d’artistes, avec le musée du peintre Walter Anderson. Au large, le Gulf Islands National Seashore protège des îles-barrières au sable blanc : un ferry mène en été à Ship Island, où l’on se baigne dans une eau claire au pied d’un fort de la guerre de Sécession.
Idées d’itinéraires
5-6 jours, la route du blues. Memphis → Tupelo (Elvis) → Oxford → Clarksdale et le Delta (2 jours) → Indianola → Vicksburg → Jackson → Natchez. Environ 800 kilomètres.
Le grand Sud musical. Nashville → Natchez Trace → Natchez → La Nouvelle-Orléans, puis remontée par le Delta jusqu’à Memphis : de la country au jazz en passant par le blues, en deux semaines.
En combinaison. Le Mississippi se glisse naturellement entre Memphis (Tennessee), La Nouvelle-Orléans (Louisiane) et l’Alabama.
Côté assiette
- Le catfish, le poisson-chat pané et frit, avec des hushpuppies (des boulettes de maïs frites). Le Mississippi est le premier producteur de catfish d’élevage du pays, et Belzoni se proclame sa capitale.
- Les tamales du Delta, arrivés avec les ouvriers mexicains au début du XXe siècle et adoptés par la communauté afro-américaine. Plus petits et plus épicés que les tamales mexicains, ils mijotent dans une sauce.
- La comeback sauce, une sauce à la mayonnaise et au chili inventée dans un restaurant grec de Jackson, servie avec tout.
- Le Mississippi mud pie, un gâteau au chocolat dense, couleur de la boue du fleuve.
- Les Kool-Aid pickles, des cornichons marinés dans du sirop de soda, une curiosité du Delta.
- Les fruits de mer du golfe, les po’boys et le gumbo de la côte, proches de la Louisiane.
- Et le Barq’s, une root beer inventée à Biloxi en 1898.
Culture et anecdotes
- L’ours en peluche « Teddy » est né au Mississippi : en 1902, lors d’une chasse, le président Theodore « Teddy » Roosevelt a refusé d’abattre un ours attaché. L’histoire a inspiré un fabricant de jouets.
- Jim Henson, le créateur du Muppet Show, a grandi à Leland, dans le Delta. Un petit musée y raconte la naissance de Kermit la grenouille, inspirée des ruisseaux locaux.
- Le blues est né dans les champs de coton du Delta à la fin du XIXe siècle, mêlant chants de travail, spirituals et traditions africaines.
- Le Mississippi a été le dernier État à ratifier officiellement le 13e amendement abolissant l’esclavage, en… 2013, à la suite d’un oubli administratif.
Quand partir ?
- Printemps (mars à mai) : la meilleure période, avec les azalées, le Juke Joint Festival à Clarksdale et les Pilgrimages de Natchez.
- Été (juin à août) : chaud et très humide, souvent plus de 33 °C. Pénible pour les visites en plein air, mais bon pour la plage.
- Automne (octobre-novembre) : excellent, avec des températures douces et les festivals de blues, dont le King Biscuit à Helena, juste de l’autre côté du fleuve en Arkansas.
- Hiver : doux et calme.
- Saison des ouragans : de juin à novembre sur la côte.
Infos pratiques
- Durée conseillée : 5 à 6 jours pour le Delta, Vicksburg et Natchez, un long week-end pour Clarksdale et le Blues Trail.
- Arriver : Memphis (Tennessee) et La Nouvelle-Orléans (Louisiane) sont les portes d’entrée les plus pratiques. Jackson a aussi un aéroport.
- Se déplacer : la voiture est indispensable.
- Budget : l’un des États les moins chers des États-Unis.
- Précautions : prévoyez du liquide dans le Delta, certains juke joints et petits restaurants ne prennent pas la carte. Vérifiez les horaires des petits musées ruraux, souvent fermés en début de semaine.
- Le conseil en plus : demandez dans votre hôtel de Clarksdale où joue du blues ce soir-là. Les meilleures soirées ne sont pas toujours annoncées en ligne.