Maine : phares, homards et forêts sans fin
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Sur une carte, le Maine ressemble à un appendice planté tout en haut de la côte Est, pris entre le Canada et l’Atlantique, comme si le reste du pays l’avait un peu oublié là. Sur place, on garde la même impression, en bien : le temps ralentit, les villages de pêcheurs sentent le varech et le bois mouillé, et les habitants sont réputés pour leur discrétion et leur franchise, à quelques heures seulement de l’agitation de Boston ou New York.
Le Maine, c’est une côte extraordinairement découpée, plus de 5 000 kilomètres de rivages si l’on suit chaque baie et chaque île, des phares, des homards et le parc d’Acadia. Mais c’est aussi un immense arrière-pays de forêts et de lacs, où l’on croise plus d’orignaux que de voitures. Sa plaque d’immatriculation dit simplement « Vacationland ». Le mot est bien choisi.
Le Maine en bref
- Capitale : Augusta
- Plus grande ville : Portland
- Population : environ 1,4 million d’habitants
- Superficie : environ 92 000 km², trois fois la Belgique. C’est le plus grand État de la Nouvelle-Angleterre.
- Entrée dans l’Union : 1820, 23e État, après s’être séparé du Massachusetts
- Fuseau horaire : heure de l’Est (6 heures de moins qu’à Bruxelles)
- Surnoms : Pine Tree State, Vacationland
- Point culminant : le mont Katahdin, 1 606 mètres, terminus nord du sentier des Appalaches
Géographie : une côte, des forêts et des lacs
La côte sud, de Kittery à Portland, a de longues plages de sable et des stations balnéaires comme Ogunquit et Kennebunkport.
La côte centrale, de Portland à Penobscot Bay, est la plus découpée : presqu’îles, ports de pêche, îles et phares, avec Boothbay Harbor, Camden et Rockland.
Down East, à l’est de Bar Harbor, est la partie la plus sauvage et la moins visitée, jusqu’à la frontière canadienne et les landes de myrtilles sauvages.
L’intérieur et le nord sont couverts par la plus grande forêt continue de l’est des États-Unis, parsemée de milliers de lacs et d’étangs, avec le lac Moosehead, le mont Katahdin et le comté d’Aroostook, francophone en partie, à la frontière du Québec et du Nouveau-Brunswick.
Un peu d’histoire
Les Wabanakis (Penobscots, Passamaquoddys, Maliseets et Micmacs) vivent ici depuis des milliers d’années. Au XVIIe siècle, Français et Anglais se disputent la région : la côte est d’abord française, dans le giron de l’Acadie, puis passe progressivement sous contrôle anglais. Longtemps rattaché au Massachusetts, le Maine devient un État à part entière en 1820.
Au XIXe siècle, il vit de la forêt, de la construction navale, de la pêche et de la glace, qu’on découpait sur les lacs pour l’exporter jusqu’aux Caraïbes. À la fin du siècle, les grandes familles de la côte Est y construisent leurs résidences d’été, notamment à Bar Harbor, et le tourisme s’installe pour de bon.

Les incontournables
Acadia et Mount Desert Island
L’Acadia National Park, sur Mount Desert Island, résume la beauté du Maine : des falaises de granit rose plongeant dans l’océan, des forêts de sapins, des lacs glaciaires et des plages de galets. La Park Loop Road fait le tour des sites principaux (Sand Beach, Thunder Hole, Jordan Pond), et plus de 70 kilomètres de chemins pour calèches, sans voitures, se parcourent à vélo.
Le sommet de Cadillac Mountain est le point le plus élevé de la côte Est. D’octobre à début mars, c’est le premier endroit des États-Unis à voir le lever du soleil. De mai à octobre, il faut réserver un créneau pour y monter en voiture (site du parc). La ville de Bar Harbor sert de base, avec ses restaurants de homard et ses sorties en mer pour voir baleines et macareux. Pour éviter la foule, la péninsule de Schoodic, l’autre partie du parc, est bien plus calme.
Portland
Portland n’a pas 70 000 habitants, et pourtant c’est l’une des meilleures villes des États-Unis pour manger. Le Old Port, avec ses rues pavées et ses entrepôts en brique, est plein de restaurants, de brasseries artisanales et de boutiques. Au sud, le Portland Head Light, allumé en 1791, est l’un des phares les plus photographiés du pays. Le Casco Bay se découvre en ferry, en passant d’île en île.
La côte et la Route 1
La Route 1 longe la côte et relie les plus jolis villages. Ogunquit et son sentier côtier, le Marginal Way. Kennebunkport, avec ses maisons de capitaines (la famille Bush y a sa résidence d’été). Freeport, où le magasin L.L.Bean, célèbre pour ses bottes, est ouvert 24 heures sur 24, 365 jours par an. Wiscasset et sa file d’attente devant Red’s Eats pour un lobster roll. Boothbay Harbor et ses sorties en bateau. Camden, au pied du mont Battie, d’où partent les « windjammers », de grandes goélettes pour des croisières de quelques jours. Et Rockland, où le musée Farnsworth expose la famille de peintres Wyeth.
Le Maine compte une soixantaine de phares. En plus de Portland Head, Pemaquid Point, sur ses rochers striés, et West Quoddy Head, peint en rayures rouges et blanches, sont parmi les plus beaux.
Down East et le bout de l’Amérique
À l’est de Bar Harbor, la côte devient plus sauvage et plus pauvre, loin de la foule. Lubec est la ville la plus à l’est des États-Unis, et le premier endroit du pays à voir le soleil se lever une bonne partie de l’année. Juste en face, de l’autre côté d’un pont, l’île canadienne de Campobello abrite la maison d’été de Franklin D. Roosevelt. Dans le comté de Washington, les landes de myrtilles sauvages deviennent rouge vif en automne.
Le mont Katahdin et les forêts du nord
Dans le Baxter State Park, le mont Katahdin marque l’arrivée du sentier des Appalaches, après plus de 3 500 kilomètres depuis la Géorgie. Son ascension est longue et exigeante, et le parc limite l’accès (réservation de parking obligatoire). Plus à l’ouest, le lac Moosehead, le plus grand lac du Maine, est une base pour les sorties en canoë et l’observation des orignaux à l’aube. Tout au nord, l’Allagash Wilderness Waterway permet des descentes en canoë de plusieurs jours en pleine nature.
Dans l’ouest, autour de Rangeley et de Bethel, montagnes et lacs prennent de belles couleurs en automne, et accueillent le ski en hiver.
Le Maine francophone
Tout au nord, dans la vallée du Saint-Jean, des communautés d’origine acadienne et québécoise parlent encore français au quotidien. Madawaska organise chaque été un festival acadien, et on y mange des ployes, des galettes de sarrasin typiques de la région. Une surprise pour un voyageur belge.
Idées d’itinéraires
Une semaine, la côte. Portland (1-2 jours) → Route 1 : Freeport, Wiscasset, Boothbay, Camden (2 jours) → Acadia et Bar Harbor (2-3 jours). Environ 300 kilomètres.
10 jours, côte et nature. La même boucle, puis Down East jusqu’à Lubec, et retour par le lac Moosehead ou Baxter State Park.
La grande boucle de Nouvelle-Angleterre. Boston → côte du New Hampshire → Maine → montagnes du New Hampshire → Vermont, idéalement en automne.
Côté assiette
- Le homard, évidemment : le Maine en pêche la grande majorité des homards américains. On le mange entier, bouilli, avec du beurre fondu, dans des « lobster pounds » au bord de l’eau.
- Le lobster roll façon Maine : de la chair de homard froide, légèrement mayonnaisée, dans un pain à hot-dog grillé. (La version du Connecticut est chaude, au beurre fondu. Chacun défend la sienne.)
- Les myrtilles sauvages : le Maine produit presque toutes les myrtilles sauvages des États-Unis, plus petites et plus parfumées que les cultivées. En tarte (le dessert officiel de l’État), en pancakes ou en muffins.
- La whoopie pie, deux biscuits moelleux au chocolat fourrés de crème, la friandise officielle de l’État.
- La clam chowder, les palourdes frites et les red snapper hot dogs, des saucisses d’un rouge vif.
- La Moxie, un soda au goût amer très particulier, boisson officielle de l’État. On aime ou on déteste.
Culture et anecdotes
- Stephen King vit à Bangor, dans une maison victorienne entourée d’une grille ornée de chauves-souris et d’araignées. Beaucoup de ses romans se déroulent dans des villes du Maine, réelles ou imaginaires.
- « Ayuh » veut dire « oui » dans l’accent traditionnel du Maine. Et « you can’t get there from here » (« on ne peut pas y aller d’ici ») est une réplique célèbre de l’humour local.
- Le premier lever de soleil sur les États-Unis a lieu, selon la saison, sur Cadillac Mountain, à Lubec ou sur le mont Mars Hill.
- Les mouches noires (black flies) envahissent les forêts de mi-mai à fin juin. Le Maine plaisante sur le sujet, mais emportez de l’anti-moustique.
Quand partir ?
- Été (juillet-août) : la haute saison. L’eau reste fraîche (souvent moins de 18 °C), mais il fait doux. Beaucoup de monde et des prix élevés sur la côte.
- Automne (mi-septembre à mi-octobre) : la plus belle période, avec les couleurs d’automne, moins de monde et une lumière magnifique. Les prix grimpent pendant le pic des couleurs.
- Printemps (mai-juin) : calme, mais frais et envahi par les mouches noires dans les bois. Beaucoup de restaurants côtiers ne rouvrent qu’à la fin mai.
- Hiver (décembre à mars) : rude et enneigé, pour le ski, la motoneige et le calme absolu. Une grande partie de la côte est fermée.
Infos pratiques
- Durée conseillée : 5 à 7 jours pour la côte, 10 jours avec l’intérieur.
- Arriver : l’aéroport de Portland est desservi en correspondance. Boston est à 2 heures de Portland, et c’est souvent la porte d’entrée la plus pratique depuis l’Europe.
- Se déplacer : la voiture est indispensable. Un train, l’Amtrak Downeaster, relie Boston à Portland et Brunswick.
- Budget : élevé en été sur la côte (Bar Harbor, Camden, Kennebunkport), plus abordable dans l’intérieur et hors saison. Depuis 2026, le pass des parcs nationaux coûte 250 dollars aux visiteurs étrangers, et Acadia applique sans lui un supplément de 100 dollars par personne : voir notre guide sur le pass des parcs nationaux.
- Précautions : attention aux orignaux sur les routes, surtout à l’aube et au crépuscule : une collision peut être très grave. Emportez de l’anti-moustique en forêt.
- Le conseil en plus : réservez le créneau de Cadillac Mountain et l’hébergement à Bar Harbor très tôt pour l’été et le début de l’automne.
